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Nouvelle réforme du système de tarification des médicaments au Maroc.

Analyse de la nouvelle réforme du système de tarification des médicaments au Maroc. Dans le cadre de la refonte progressive du système…

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Analyse de la nouvelle réforme du système de tarification des médicaments au Maroc.

Dans le cadre de la refonte progressive du système de santé au Maroc, le ministère de la Santé a amorcé le 26 mai 2025 une réforme majeure du dispositif de tarification des médicaments. Cette initiative intervient dans un contexte de hausse persistante des prix, freinant l’accès équitable aux traitements pour une large partie de la population. Quelles sont donc les dynamiques qui ont conduit à sa mise en œuvre, quels objectifs vise-t-elle concrètement, et comment est-elle perçue par les acteurs du secteur pharmaceutique et les experts en politiques de santé ?

Une réforme en rupture avec la logique uniforme de 2014 :

Dévoilée par le ministère de la Santé, la nouvelle réforme de la tarification des médicaments marque une rupture nette avec le modèle en place depuis 2014. Elle introduit une approche profondément remaniée, plus ciblée et plus rigoureuse. Selon Abdelmajid Belaïche, expert en industrie pharmaceutique, cette réforme repose sur 3 piliers structurants essentiels :

  1. Fixation des prix publics de vente : cette mesure ne concerne que les médicaments remboursés ou susceptibles de l’être, excluant ainsi les médicaments dits de « confort ». L’autre catégorie de médicament n’est donc pas concernée.
  2. Révision des prix publics de vente (PPV) des princeps et des génériques : Une formule optimisée des génériques actuels sera appliquée pour entraîner une réduction des prix des médicaments.
  3. Médicaments « budgétivores » : Pour les médicaments qui représentent au moins 50 % des montants remboursés, un système de prix facial divulgué et de prix négocié remisé mais non divulgué sera instauré. En cas d’échec des négociations sur un prix excessif d’un médicament princeps protégé par un brevet, le recours à des licences obligatoires est envisagé.

Objectifs de la réforme :

L’objectif principal derrière cette nouvelle réforme est de réduire significativement le prix des médicaments au Maroc pour 3 raisons principales :

  1. Faciliter l’accès des citoyens aux soins : le prix des médicaments au Maroc sont souvent très élevés jusqu’à être 3 à 4 fois plus chers par rapport à plusieurs pays européens, ce qui rend l’accès aux soins difficile pour une grande partie de la population et affecte aussi le budget des ménages.
  2. Alléger les dépenses de l’assurance maladie obligatoire : une petite proportion de médicaments (environ 4 %) concentre plus de la moitié (54 %) des remboursements de l’AMO, avec des prix parfois très élevés (plus de 10 000 dirhams la boîte). En outre, une récente étude établie par la CNOPS et l’administration des douanes avait mis en évidence des anomalies dans la fixation des prix des médicaments ( précisément les plus chers) ce qui conduit à un manque de transparence et pratiques tarifaires non conformes.
  3. Renforcer la souveraineté du pays : en favorisant la production locale de médicaments, notamment de génériques, une réduction de la dépendance aux importations est assurée et la souveraineté du pays renforcée. La nouvelle réforme instaure aussi une régulation plus rigoureuse des prix, permettant à l’État de mieux contrôler les circuits de distribution et d’achat.

Les principaux leviers de la réforme :

Pour atteindre ces objectifs ambitieux, la réforme s’appuie sur un ensemble de leviers structurels et réglementaires visant à corriger les défaillances du système actuel, rationaliser les dépenses publiques de santé et instaurer une tarification plus équitable et soutenable.

Parmi ces principaux leviers :

  • Une baisse directe des prix : Depuis 2021, plus de 5 300 médicaments ont vu leur prix baisser, dont environ 190 utilisés pour des maladies chroniques. Les baisses ciblent les médicaments à forte consommation ou à fort impact sanitaire.
  • Renforcement de la production locale : Le pays veut atteindre 50 % de couverture des besoins en médicaments via la production nationale. Pour renforcer sa production locale, le Maroc mise sur la promotion des médicaments génériques et la substitution progressive aux importations. L’État soutient les laboratoires nationaux à travers des exonérations fiscales, des financements publics et une simplification des procédures d’homologation. Une enveloppe de 1,8 milliard de dirhams est mobilisée pour accompagner cette transition. L’objectif est de couvrir 50 % des besoins en médicaments par la production nationale. Une stratégie de substitution aux importations est en cours, notamment en favorisant les génériques.
  • Création d’une agence de médicament : Cette agence autonome a pour mission de réguler, contrôler les prix et les stocks, et veiller à la transparence. En outre, un système numérique de traçabilité est prévu pour prévenir les pénuries et surveiller les hausses de prix injustifiées.

Les différents enjeux et défis :

Malgré toutes ces mesures prises, le gouvernement marocain fait tout de même face à de nombreux défis dont les répercussions se font entendre et voir dans les rangs des populations démunies :

Conclusion :

La réforme de la tarification des médicaments s’inscrit dans une volonté affirmée de rendre le système de santé marocain plus équitable, plus accessible et plus souverain. En s’attaquant aux dysfonctionnements structurels du marché pharmaceutique, elle cherche à alléger la charge financière pesant sur les citoyens et l’assurance maladie, tout en stimulant la production locale. Toutefois, sa réussite dépendra de la capacité de l’État à surmonter les résistances, à accélérer la mise en œuvre concrète des mesures, et à garantir un pilotage rigoureux et transparent.

Quels leviers le Maroc doit-il activer en priorité pour assurer l’efficacité et la durabilité de la réforme de la tarification des médicaments face aux résistances du secteur et aux attentes sociales ?